Extraits autobiographie inachevée Alice Bailey Page 35
La rencontre avec maitre KH
La rencontre avec maitre KH C'était un dimanche matin. Le dimanche précédent, j'avais entendu un sermon qui avait suscité toute mon aspiration. Ce dimanche-là, pour je ne sais quelle raison, je n'étais pas allée à l'église. Tout le monde était parti et il n'y avait personne d'autre que moi et les domestiques. J'étais assise à lire dans le salon. La porte s'ouvrit et entra un homme de grande taille, vêtu à l'européenne (vêtements très bien coupés, je m'en souviens), mais avec un turban sur la tête. Il s'avança et s'assit à mes côtés. J'étais si pétrifiée par la vue du turban que je ne pouvais sortir un son ni demander ce qu'il faisait là.
Alors il commença à parler. Il me dit qu'il était prévu un travail que je pourrais faire dans le monde, mais que cela demanderait que je [24@36] change considérablement mes dispositions ; je devais cesser d'être une petite fille aussi déplaisante et je devais essayer d'obtenir un certain degré de maîtrise de moi-même. Ma future utilité pour lui et pour le monde dépendait de ma capacité à me prendre en main et d'opérer un changement. Il me dit que si je pouvais obtenir une réelle maîtrise de moi-même, on pourrait me faire confiance et qu'alors je voyagerais par le monde entier et verrais beaucoup de pays, "accomplissant le travail de votre Maître tout le temps".
Ces mots ont résonné à mes oreilles sans cesse depuis lors. Il souligna que cela dépendait entièrement de moi et de ce que je pourrais et voudrais faire immédiatement. Il ajouta qu'Il prendrait contact avec moi à des intervalles de quelques années. L'entretien fut très bref. Je ne dis rien, mais simplement j'écoutais tandis qu'Il parlait, très solennellement. Ayant dit ce qu'Il était venu dire, Il se leva et sortit, après s'être arrêté sur le seuil une minute pour me jeter un regard que, jusqu'à ce jour, je me rappelle très distinctement. Je ne savais que faire.
Quand je me fus remise du choc, je fus d'abord effrayée et je pensais que j'étais en train de devenir folle ou que j'avais dormi et rêvé ; puis je réagis par un sentiment de suffisance. Je me sentais comme Jeanne d'Arc (mon héroïne de l'époque) et, comme elle, j'avais des visions spirituelles et j'étais par conséquent désignée pour un grand accomplissement. Lequel, je ne pouvais l'imaginer, mais je me voyais comme l'instructeur admiré de milliers de gens. C'est une faute très courante chez les débutants, et j'en vois beaucoup dans les divers groupes d'occultistes.
La sincérité et l'aspiration des gens doit les amener à un certain combat intérieur spirituel et, alors, ils l'interprètent en termes de succès et d'importance personnels. Réaction de super-stimulation. Cette réaction fut suivie d'une autre dans laquelle la critique qu'Il avait faite de moi devint de la plus grande importance dans mon esprit. Je décidai que peut-être, après tout, je n'étais pas de la classe de Jeanne d'Arc, mais simplement quelqu'un qui aurait pu être mieux que je ne l'avais été et [24@37] qui pouvait commencer à dominer un caractère assez violent. Je me mis à le faire.
J'essayai de ne plus être aussi négative et de contrôler ma langue ; pendant un certain temps, je devins d'une bonté si désagréable que les membres de ma famille en furent troublés ; ils me demandèrent si j'étais malade et me prièrent presque de reprendre mes manifestations explosives. J'étais contente de moi, douce et sentimentale. A mesure que les années s'écoulaient, je constatais que, à sept ans d'intervalle, (jusqu'à ce que j'eus trente cinq ans), je recevais des signes de la supervision et de l'intérêt de cette personne.
C'est en 1915 que je découvris qui Il était et que d'autres gens le connaissaient. Depuis lors, la relation est devenue de plus en plus intime jusqu'à aujourd'hui où je peux Le contacter à volonté. Ce bon vouloir à se laisser contacter n'est possible, pour un Maître, que lorsque le disciple a aussi la volonté de ne jamais profiter de l'opportunité, sauf dans des moments de réelle émergence au service du monde. Je découvris que ce visiteur était le Maître K.H., le Maître Koot Hoomi, Maître qui est très proche du Christ, qui est sur la ligne de l'enseignement et qui est un interprète de l'amour-sagesse dont le Christ est la pleine expression.
La réelle valeur de cette expérience n'est pas à trouver dans le fait que moi, jeune fille appelée Alice La Trobe-Bateman, ait eu une entrevue avec un Maître, mais dans le fait qu'ignorant tout de leur existence, j'aie rencontré l'un d'Eux et qu'Il m'ait parlé. La valeur se trouve aussi dans le fait que tout ce qu'Il me dit se révéla vrai (après que j'eus essayé sérieusement de remplir les conditions) et parce que je découvris qu'Il n'était pas le Maître Jésus, comme je l'avais tout naturellement supposé, mais un Maître dont je ne pouvais absolument pas avoir entendu parler et qui était totalement inconnu de moi. De toute façon, le Maître K.H. est mon véritable et bien-aimé Maître. J'ai toujours travaillé pour lui, depuis que j'ai quinze ans, et je suis à présent l'un des [24@38] disciples aînés de son groupe ou, comme on l'appelle ésotériquement, de son ashram.
Je fais cette déclaration avec, dans l'esprit, un but précis. Tant de sottises ont été dites sur ces sujets et tant de déclarations divulguées par ceux qui n'ont pas l'expérience ni l'orientation mentale et spirituelle requises, que les vrais disciples sont honteux de faire état de leur travail et de leur situation. Je veux rendre les choses plus faciles pour de tels disciples dans l'avenir, et "déloger" les absurdités exprimées par beaucoup d'écoles de pensée prétendues ésotériques.
Se réclamer du discipulat est toujours permis ; cela n'engage à rien et n'a de poids que si cela est soutenu par une vie de service. Proclamer que quelqu'un est un initié d'un certain rang n'est jamais permis, excepté par ceux du même niveau et, même alors, ce n'est pas nécessaire. Le monde est plein de disciples. Qu'ils le reconnaissent. Qu'ils soient unis par les liens du discipulat et qu'ils rendent plus facile à d'autres de faire de même. Ainsi, l'existence des Maîtres sera prouvée, et prouvée de la bonne manière, par la vie et les témoignages de ceux qu'Ils entraînent
Le service des disciples dans l'ashram du Maître